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FRANCE 2012


Jeanne d'Arc : la résurrection du bourdon d'Orléans

Le début de l'année 2012 a été marqué, pour la Fonderie Paccard, par la réalisation d'un magnifique bourdon de 6 tonnes, destiné à la Cathédrale d'Orléans. Celle-ci s'inscrit dans un projet plus vaste de restauration de la Cathédrale d'Orléans entrepris depuis une quinzaine d'années par la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles). La refonte du Bourdon Jeanne d'Arc - c'est son nom - est arrivée à point nommé pour fêter le 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc (1412 - 1431)

Le bourdon d'origine, fondu par Georges Bollée en 1898, avait été endommagé pendant la Seconde Guerre Mondiale. En 1971, définitivement fêlé, sa voix s'était tue.

 

Il aura donc fallu attendre 40 ans et les efforts conjoints de nombreuses personnes (la Cathédrale, la DRAC, la Fondation du Patrimoine, l'association des Amis du Bourdon…) pour que ce bourdon de 6 tonnes renaisse à la vie…

Le bourdon a été reproduit à l'identique : profil, note, décors, inscriptions. Ce travail consiste, dans un premier temps, à reconstituer fidèlement le profil de la cloche d'origine. C'est là l'une des compétences propres du fondeur de cloches. Ce profil est très important car de lui dépendent toutes les caractéristiques de la cloche : taille, poids, note, timbre. La refonte à l'identique impose également d'effectuer un moulage de l'ensemble des décors originaux : frises, guirlandes, effigies, texte, afin de les reproduire, en cire, sur le moule intermédiaire - nommé fausse cloche - qui servira de support à la réalisation du moule extérieur.

Ce moule extérieur, appelé carapace, est constitué de plusieurs couches d'argile armées de filasse de chanvre ou de lin. Le moule complet - noyau + fausse cloche + carapace - est alors placé dans une étuve, afin de faire fondre la cire qui, en disparaissant, laisse ses empreintes en creux et à l'envers, à l'intérieur du moule extérieur. La carapace est ensuite renforcée par un châssis métallique rempli de sable, puis démoulée, libérant ainsi la fausse cloche et le noyau. La fausse cloche brisée, le moule extérieur est replacé sur le moule intérieur.

Entre la carapace et le noyau, la fausse cloche a laissé un espace vide correspondant à la future cloche : c'est dans cet espace que sera coulé le métal en fusion, alliage de 78 % de cuivre et 22 % d'étain porté à une température oscillant entre 1000°C et 1200°C, selon le poids de la cloche.

 

Dans le cas d'une refonte à l'identique, la tradition veut qu'une partie du métal de l'ancienne cloche soit incorporé à la refonte de la nouvelle. La proportion varie en général entre 10 et 20 %, selon la qualité métallurgique de la cloche d'origine et ne doit en aucun cas dépasser les 40 %. Pour la refonte de la Jeanne d'Arc, compte tenu de la bonne qualité métallurgique du bourdon d'origine, 2 tonnes de métal provenant de l'ancien bourdon ont été utilisées.

Le jour tant attendu de la coulée, l'émotion est à son comble lorsque les 7 tonnes de métal en fusion, semblables à de la lave incandescente, sont versées dans le moule. Spectacle fascinant que ce métal liquide qui, en refroidissant, donnera vie à un instrument de musique aux riches et puissantes harmoniques.

 Pour la Fonderie Paccard, la coulée du bourdon, survenue le 15 mars 2012, donnera lieu à l'accomplissement d'un incroyable défi. En raison de l'énorme pression imposée au moule par le métal en fusion, une partie du moule extérieur a été endommagée pendant la coulée. Bien que réussie d'un point de vue strictement technique, la cloche ne satisfait pas aux exigences de qualité de la Fonderie Paccard, s'agissant d"une refonte à l'identique. D'un commun accord, l'équipe décide alors de refaire la cloche !

Quatre semaines plus tard, l'incroyable défi est relevé : le nouveau bourdon Jeanne d'Arc, parfaite reproduction de la cloche d'origine avec, en sus, la "Paccard Touch" - une musicalité inégalée, résultat d'un accordage minutieux - fait son entrée triomphale à Orléans… La suite dans le prochain article

Article rédigé le 21 mai 2012

Photos Yannick Perrin


Fabrication de la fausse cloche : chaque décor de la cloche d'origine est minutieusement reproduit à la cire.

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